DSCN7890Mohammad vient me chercher à la gare routière à 4h du mat, un frère !
Je passe sur quelques détails de mon séjour ici mais sachez que Mohammad est un de mes meilleurs amis, désormais.
Je l'ai aidé à déménager (il était le dernier d'une colocation et va bientôt étudier dans une autre ville). Je l'ai aussi aidé avec des embrouilles de paiements universitaires.
Il m'a présenté plein d'amis, et notamment Erfan, un futur voyageur, aujourd'hui travailleur social avec qui j'ai eu de longues conversations politiques, sociales et économiques (je lui parle du dividende universel, de la théorie relative de la monnaie).
Nous hébergeons pendant deux jours le petit ami d'une amie qui vient faire sa demande en mariage aux parents. L'histoire est tragique puisque la mère va finalement dire non. Le pauvre ! Il était pourtant charmant et avait tout pour plaire, sauf qu'il venait d'une région "lointaine" d'Iran... Je vous en foutrais des régions lointaines, Madame !
C'est qui cette imbécile ?
DSCN7957Je prépare mes traditionnelles ratatouille et mousse au chocolat chez les parents de Mohammad.
Nous sommes allés visiter Kalut, un désert aride, un désert de silence ! C'était un peu loin mais ça valait l'aller-retour ! Je n'ai jamais (ou bien je ne m'en rappelle plus, j'étais petit) expérimenté un silence aussi... assourdissant ! Sans vent, sans support, le son ne voyage pas. Même les camions qui passent sur la route pas loin semblent se taire. C'est tellement aride qu'il paraît qu'il n'y a pas de vie en été ! Les iraniens clament que c'est l'endroit le plus chaud sur Terre. J'ai déjà lu ça au sujet de Turpan dans le Xinjiang en Chine.
Nous avons assisté à une célébration zoroastrienne, un grand brasier sur une place publique.
Mohammad qui m'a posé beaucoup de questions sur mon voyage est très curieux d'essayer l'autostop. Il me demande de l'accompagner à Sharut pour y faire son inscription universitaire. Après un master sur l'étude des stupéfiants d'un point de vue de la psychologie, il va les étudier d'un point de vue médical. J'accepte, à la condition qu'au retour, nous prenions le temps de visiter Mashhad.
Je laisse mon gros sac et n'en prends qu'un petit  puisqu'il n'est question que d'un aller-retour. Je laisse bien sûr le fromage au frigo.

 

DSCN8025J'ai bien cru mourir sur cette route. Notre premier conducteur roulait vite mais avec attention. Notre second conducteur, un petit con de première classe, pour frimer ou je ne sais quoi, conduisait comme un irresponsable. Ils étaient trois jeunes dans la voiture à se rendre à Mashhad, le ticket gagnant. Je me suis donc endormi tout de suite avant de me rendre compte de la folie dans laquelle nous nous étions embarqués. Il conduisait à 180 km, au milieu de la route, en fumant la pipe et en regardant un film sur son portable... un dingue ! Mohammad était terrorisé. J'ai eu des sueurs froides.
A Ferdouz, je prétends n'importe quoi pour descendre de leur voiture et nous les laissons repartir. Après 1h30 d'attente à la station essence, nous finissons par trouver deux frères camionneurs qui veulent bien nous prendre. Ils vont jusqu'à Mashhad. Ils ont un camion des plus modernes, très confortable pour dormir jusqu'à 02h30 du mat quand ils nous laissent à l'intersection des routes principales entre Mashhad et Sharut. Il fait super froid. Nous dormons un peu dans la mosquée de l'aire de repos, jusqu'à 6h.
Nous trouvons alors un vieux camion M Benz des années 80 (peut-être même d'avant) qui va jusqu'à Téhéran. Le confort n'est pas le même. Le conducteur est très bavard et ne laisse pas Mohammad roupiller. Remarquez qu'avec le boucan du moteur, je ne suis pas certain qu'il soit possible de dormir. Ah ben si ! des gens comme moi le peuvent :-)
IMG 20150202 180629 MohammadNous arrivons à Sharut à midi. Le temps de s'occuper de l'inscription jusqu'à 15h et nous revoila repartis vers Mashhad. Ce n'est qu'à 18h que nous trouvons une voiture, depuis le barrage de police de Sharut, qui se rend à Mashhad. Nous arrivons juste à temps pour pouvoir prendre le dernier métro à 21h30 pour nous rendre au centre ville, près du lieu saint de l'Imam Reza (son tombeau). Ce sera l'unique fois de tout mon séjour (4 mois) en Iran que je dors une nuit à l'hôtel. Nous trouvons une chambre pour 15.000 T (6€).

Nous prévoyons de rester une seule journée pour visiter le lieu saint mais plutôt que de dormir une seconde nuit à l'hôtel, c'est toujours mieux de rencontrer du monde. Je me souviens qu'un CSer m'avait contacté pour m'inviter. J'avais à l'époque décliné l'invitation car Mashhad semblait trop en dehors de mon chemin. Le matin, je lui envoie un message avec notre numéro de portable.
Nous déposons nos sacs à la consigne du lieu saint, ainsi que ma caméra qui est interdite à l'intérieur (désolé, je n'ai pas de bonnes photos, ce sont celles de l'ordi de poche de Mohammad). Comme nous sommes étrangers, moi et une famille de chinois, nous devons visiter avec un guide. IMG 20150202 160929 MohammadCe dernier a quelques informations intéressantes à nous donner mais il est surtout chargé de nous empêcher d'entrer au coeur du lieu saint. Avec Mohammad, nous profitons que les chinois ne veulent pas visiter un musée (nous non plus, en fait) pour nous séparer du groupe. Il se trouve que ce musée était finalement pas mal. J'ai bien aimé la Créature des Mers. Comme à Tabriz, j'enfonce ma tête dans mon bonnet, rentre le cou, et évite de trop montrer mes yeux. Nous entrons au coeur de ce gigantesque lieu de pélerinage. Les murs extérieurs sont en céramique bleue et verte formant des motifs islamiques. Les portes d'entrées du coeur du tombeau sont toutes dorées, tout comme le dôme de la tombe. A l'intérieur, tous les murs et les plafonds sont recouvers d'une constellation de petits miroirs. Ca brille, c'est épatant. Le sol est recouvert de tapis. C'est incroyable de beauté et impressionnant de majesté. C'est l'endroit vivant (ouvert 7j/7, 24/24) le plus époustouflant qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à ce jour. Versaille, c'est beau mais c'est un musée. Les cathédrales d'Europe sont encore plus incroyables mais elles sont mortes (il y a des horaires d'ouverture au public, et le temps dédié à leur fonction première est très limité). Ici, c'est la foule qui se presse, qui vit, qui boit, qui dort, qui mange sans doute même (je ne l'ai pas vu faire mais je pourrais le concevoir ; essayez de manger un petit biscuit dans la cathédrale de Reims, vous me direz si ça s'est bien passé).

AZN 6818 BabakBabak nous a appelés et invités à venir dîner et dormir chez lui. Nous marchons pendant deux heures pour nous rendre chez lui. Babak nous accueille à bras ouverts, le coeur sur la main. Il est très curieux de tout savoir sur mon voyage et me pose plein de questions. Je lui montre des photos. A un moment, il m'arrête et me demande si je ne voudrais pas rester quelques jours, le temps de préparer et animer un évènement CS, et parce qu'il y a une fête bientôt. J'accepte. On s'endort à 3h du mat.
J'accompagne Mohammad à l'arrêt de bus pour qu'il rentre seul à Kerman. Je le rejoindrai bientôt.
Babak a une histoire étonnante. Il a quitté le domicile familial à 18 ans (très rare en Asie), il a déjà vécu dans plusieurs pays (malgré sa nationalité) et il a déjà eu plus de 60 emplois différents, bien qu'il ne soit âgé que de 30 ans.
Il parle tout le temps bien qu'il soit trop modeste. Je lui répète souvent une citation dont je ne me rappelle plus l'appartenance, "La trop grande modestie, c'est ce qui permet à la médiocrité de diriger le monde". Attention, je différencie bien là l'humilité et la modestie.
AZN 6934 BabakBabak devient rapidement lui aussi un de mes meilleurs amis, un frère.
Nous allons un jour au parc pour jouer au badminton et sortir prendre l'air, tout simplement. Nous passons le plus clair de notre temps chez lui à parler de nos expériences et de nos rêves. Il m'invite à manger le meilleur Kali Paché (la tête de mouton, le plat des travailleurs du petit matin).
Nous passons une matinée dans une école de nature, un endroit de récréation pour les enfants. Ils ont le droit de jouer dehors, de courir, de mettre les mains dans la gadoue, de s'occuper du potager et des animaux. Je n'ai pas envie de leur faire ma présentation. Je joue avec eux jusqu'à ce qu'un coup d'épée trop violent (avec moi ils ne se retiennent pas comme quand ils jouent entre eux) me paralyse la main.
Lors de mon évènement CS, je dois répondre à tellement de questions que je n'arrive jamais à finir mon exposé :-) Et puis, j'ai décidé de partager mon temps de parole avec Kei, un japonais qui voyage à vélo.
DSCN8090Il a voyagé trois ans en Chine, a vécu des expériences incroyables et sait les partager. Il y a un peu plus d'un an, il est rentré au japon pour travailler quelques mois à l'hôpital (il est infirmier). Il a alors rencontré Yuki, une infirmière. Ils ont décidé de voyager ensemble à vélo, de la Chine à la Turquie. Cela fait un an qu'ils sont sur la route.
Ils viennent dormir à la maison. Ce soir là, nous mangeons ma ratatouille avec du pain, sans riz.
Pour mon dernier jour à Mashhad, nous nous joignons au groupe de rando de CS pour une petite matinée balade, tranquille. Kei et Yuki nous dévoilent leurs talents de cuisiniers. Ils sont très doués et adorent cuisiner. C'est un vrai régal !
J'allais oublier, Babak élève des lapins, et Kei et Yuki en adoptent un pour le reste du voyage.

Le départ de Mashhad pour Shiraz est difficile. J'ai pourtant pris l'habitude, mais dire au revoir n'est pas toujours simple.
DSCN8171Je me rends à Shiraz car c'est la dernière grande ville culturelle d'Iran, donc touristique et il semblerait que le renouvellement du visa y soit facile. Je retournerai à Kerman juste après.
Je pensais avoir bien étudié comment quitter Mashhad en stop vers Shiraz, via Yazd (le plus court) mais après une heure d'attente au péage, je change mes plans et monte dans le premier camion qui va à Téhéran. Après tout, la route Téhéran-Qom-Kashan-Isfahan-Shiraz, j'en connais les 3/4 par coeur. Le camionneur s'arrête bien avant Téhéran, pour dormir. Je continue avec une camionnette. Son jeune conducteur m'emmène à l'entreprise de poulet pour laquelle il travaille, à 4h du mat. J'y change de chauffeur. C'est un autre jeune qui m'emmène jusqu'à l'arrêt des bus pour Qom et me paye le trajet jusqu'à Qom.
A 6h à Qom, je pars avec un camion jusqu'à Kashan, d'où je repars avec une voiture qui va directement à Shiraz. Le conducteur me déposera près de chez mon hôte à Shiraz, à 17h.

DSCN8186Comme mon hôte, Ali-Reza, ressort de chez lui peu après, je dois moi aussi aller me balader.
Je visite d'abord le bazar, puis le lieu saint de la ville (le tombeau du frère de l'Imam Reza). C'est plus petit, une taille plus humaine. L'intérieur est du même apparat que celui de Mashhad mais plus petit, ça le rend moins sublime. En revanche, l'extérieur m'a semblé plus beau, plus noble.
Chez Ali-Reza, je rencontre sa femme Hayedeh, leurs deux filles et l'autre invité CS, Mike, un saltimbanque polonais vivant à Milan de ses jongleries dans la rue. Erudit, détenteur de deux masters (lettres classiques et histoire) espiègle, il est très sympa.
Le lendemain, nous allons ensemble visiter Persépolis. C'est un lieu chargé d'histoire mais qui n'est pas aussi grandiose que dans mon imaginaire. Il faut donc vraiment s'intéresser à l'histoire du lieu pour ne pas s'ennuyer, sa beauté et sa gloire d'antan ne sont pas suffisants pour retenir l'attention. Heureusement, Mike en connait long sur les civilisations de cette époque, mais surtout, nous rencontrons Savin, une étudiante en art, et son frère. Elle peut donc nous expliquer des anecdotes, aussi. A 16h30, la fratrie file pour attraper l'avion pour Téhéran. Nous n'avons pas vu le temps passer.

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