Je quitte Ahvaz le mardi 10 mars en milieu de journée seulement, car Moodji a pris sa matinée pour m'aider au maximum à essayer d'obtenir quand même le renouvellement de visa, ici (rien à faire).
Avant de rejoindre Téhéran, puisque je suis dans cette région d'Iran, autant s'arrêter en route pour visiter ce qui vaut un détour. Je m'arrête à Shooshtar, une ville qui abrite un des plus vieux systèmes hydrauliques du monde. J'y arrive grâce à une voiture et un camion. Le conducteur du camion s'est arrêté à Molla Sani pour me faire goûter les meilleures glaces de la région. Ces glaces sont l'occasion d'une sortie de week-end pour les familles d'Ahvaz. Il me dépose à l'entrée de Shooshtar.
Quand je demande mon chemin à un jeune, je me retrouve invité à la maison pour boire le thé. Je décline l'offre du déjeuner car je sais que Babak (un autre, pas celui de Mashhad) m'attend. Le jeune me conduit ensuite chez Babak en voiture.

Après le déjeuner, Babak m'emmène visiter sa ville, le pont romain et le système hydraulique romain, en partie creusé sous la ville. Grâce à ses contacts, nous pouvons visiter l'intérieur d'un canal, qui sert toujours aujourd'hui mais à la moitié seulement de sa hauteur. Nous marchons au-dessus de l'eau. Nous allons voir les cascades du centre-ville, un point central du système. Je ne vais pas "sur le site" car c'est payant et exagérément cher pour les étrangers. Je regarde depuis le pont et je suis également invité par une famille à observer depuis leur balcon qui surplombe les lieux.
Bien que la sortie camping soit annulée, nous nous couchons tard, après une longue conversation philosophico-politico-sur-tout-et-rien et sur une certaine molécule, la DMT, la drogue utilisée par les amérindiens dans la boisson Hayauasca. Il est fasciné par ce qu'il a pu lire à son sujet.
Le lendemain matin, nous nous baladons dans la vieille ville et visitons d'anciennes maisons, rénovées en hôtel. C'est une ville qui a un réel potentiel tourtistique, plutôt mal exploité.
L'aprèm, Babak et ses amis m'emmènent visiter le site de Chogha Zanbil, une ancienne cité d'un gouvernant d'une histoire passée (bref je n'en sais rien, il n'y a aucune explication sur place, le web sera votre ami si vous voulez en savoir plus). Ce n'était pas vraiment beau, ni franchement impressionnant et j'avais du mal à visualiser l'ensemble car ce nétait pas mis en valeur.
Le soir, nous retournons (hier, nous étions arrivés trop tard) à l'institut d'anglais pour que je parle avec les élèves (ça  rend la langue plus vivante). Comme à l'université de Tabriz, ils ont beaucoup de questions et "la classe" est très vivante. Après ça, le responsable de l'institut et ami de Babak me prend à part pour me poser des questions en privé sur le sexe. Occidental, vivant dans un pays libre, je suis censé tout savoir sur la question. Non, le porno n'est pas réel! Oui, ce sont des acteurs! Et non, ces scènes ne sont pas le reflet d'une réalité chez nous non plus, elles sont de l'ordre du fantasme, tout comme les corps des acteurs sont "fantastiques", idéalisés, ils ne sont le reflet d'aucune moyenne de la vie réelle. Je suis loin d'être un expert mais je me rends bien compte de l'importance d'une éducation à la sexualité.

Je me suis levé tôt, j'ai démarré le stop tôt, mais c'était sans compter sur le relief de la route qui sépare Shooshtar de Téhéran, j'ai donc mis deux journées pour un trajet que j'envisageais de bâcler en une.
Le conducteur de ma première voiture me paye pourtant un taxi pour me faire traverser Dzeful, la ville jusqu'à laquelle il m'a emmené. De là, je suis pris en stop par un camionneur qui aurait bien voulu plus que me prendre dans se bras, il insiste tellement lourdement que j'ai failli descendre. Finalement il m'emmène jusqu'au croisement où nos routes divergent. Après lui, je suis pris en stop par un des plus gentils camionneurs qui soit, Magid Shahnohammadi. Il me déposera peu avant Qom. Ce trajet nous prend presque 24h. Il m'invite à partager son déjeuner et son dîner, dans son camion. Il m'offre une des deux banquettes pour la nuit et partage à nouveau son petit déjeuner avec moi. Encore une fois, ne me demandez pas comment nous communiquons, il ne parle pas très bien l'anglais et mon farsi est encore pire. Pourtant, le soir, quand nous nous arrêtons pour partager un moment avec des amis camionneurs, je comprends bien qu'il leur raconte toute mon histoire. Avec lui, le trajet fut tout en musique. Nous avons dansé aussi, autant que la ceinture de sécurité le permet bien sûr. Sa bonne humeur est communicative.
Enfin, un couple en voiture m'emmène jusqu'à Téhéran après une pause à Qom pour prier au Saint Lieu. Celui-là, je ne peux absolument pas le visiter. Imaginez, il est trop bien gardé, c'est de là que Khomeiny a démarré sa révolution islamique.

Cette fois, je reste chez Omid. Satar nous rejoint pour la soirée. Le lendemain, il m'aide pour le renouvellement de visa dont je vous épargne les détails car ça a été très compliqué et long. Nous rencontrons Mohammad (de Kerman/Sharut, vous vous souvenez) avec qui je passe le reste de la journée. Un ami commun, un autre Mohammad, avec qui nous avions joué à Mafia, nous rejoint pour visiter la ville en voiture. Nous marchons à Shimran, une promenade dans la montagne, à la limite nord de Téhéran. C'est incroyable comment nous sommes sortis facilement de cette ville pour nous retrouver dans la nature.Cette promenade offre une bonne vue sur la ville qui ne semble jamais finir.
Nous retrouvons Omid et une amie à lui pour dîner dehors, de mauvaises pizzas. Mohammad m'invite à venir dormir chez son ami. Il m'aide le lendemain à essayer de renouveler mon visa (dans un autre bureau, le bon, celui là), qui ne sera prêt que le lendemain.
Mohammad rentre chez lui à Kerman.
Le soir, je raconte quelques unes de mes histoires à Omid et un autre CSer français qui voyage depuis 5 mois. Je parle surtout de la Mongolie car ça plaît à Omid. Il rit beaucoup.
Le lendemain, après une très longue attente, j'obtiens finalement mon visa. Ouf! Je suis passé à la poste pour envoyer mes cartes postales comme je le fait depuis chaque capitale mais les timbres étaient hors de prix, 6€ pour chaque lettre. Merci l'embargo américain! [Du coup je les ai envoyées plus tard ,depuis Dubai.]

Je prends un bus de nuit pour me rendre à Mashhad. Babak m'attend pour célébrer Norooz, le nouvel an iranien. Ali, mon voisin de bus et son frère m'emmènent de la gare routière chez Babak. Je m'en veux un peu car j'avais promis de les revoir et j'ai oublié de les recontacter.
Comme la dernière fois, avec Babak, nous passons le plus clair de notre à temps à parler de tout, du monde, du voyage, de nos histoires, du passé, mais cette fois, particulièrement, du futur. Babak veut m'aider à sauter un tremplin pour rendre mon projet plus visible. Il veut qu'on travaille sur la com. Il me propose notamment l'idée de faire créer une petite animation. Elle servirait d'intro à mes interventions dans les écoles mais aussi d'outil promotionnel et de souvenir pour les gamins. J'aime beaucoup cette idée. Nous travaillons dessus, en ce moment. Nous discuterons aussi, après qu'il ait assisté à mes interventions, aux nécessaires changements. Ca tombe bien, j'envisageais de faire un break dans mon voyage pour me renouveler. Je vais changer de continent, j'aimerais changer de mode de déplacement, de l'autostop au vélo, et j'aimerais modifier en profondeur le contenu des interventions dans les école. Au début, je parlais du voyage au futur, j'étais au moins aussi excité que les gamins (si ce n'est plus), puis c'est devenu du présent-futur, puis du passé-présent-futur, puis du présent-passé et maintenant, je ne parle qu'exclusivement au passé, et je m'ennuie.
Comme de toute façon, la porte d'entrée vers l'Afrique que j'envisageais, Egypte-Yemen-Soudan-Ethiopie-Kenya est on ne peut plus instable en ce moment, je dois également réviser mon itinéraire. Ainsi, après l'Arabie Saoudite, chez mes parents, je pense revenir en Iran. Je planifie d'y rester une année, à la fois pour apprendre l'Arabe et le Perse, pour travailler si je peux, et réfléchir à la suite de mon voyage.

En même temps que nous discutons de tout et rien, nous avons un emploi du temps bien chargé.
Tout d'abord une sortie au parc d'attractions et une visite de la ville de nuit, en état de siège. Il y a une fête qui se célèbre à coups de feu, de feux d'artifice, de pétards et autres "bruillardises". Il pleut. Babak me dit que les hôpitaux  doivent être contents, cette pluie va réduire le nombre d'accidents de pétards.

Babak contacte son ami D. C'est un ex-drogué de tout juste 19 ans, sevré depuis 9 mois, afin qu'il nous aide à inviter des sans-abri àpasser Norooz avec nous. Avec son collègue et meilleur ami,  C, un homme de 40 ans, sevré depuis 6 mois, ils réussissent à en inviter quelques uns. Pour nous, c'est journée cuisine. Je prépare une mousse (que je rate vraiment, j'étais désolé, sans comparaison, eux l'ont trouvé très bonne, ou bien c'était pour me consoler), des îles flottantes et un gratin dauphinois que je ne cuis pas tout de suite car Babak a lui aussi préparé tout un tas de choses, une salade, un Kasht Badamjun, des gelées et une crème dessert. La soirée se passe super bien. Ils sont tous très gentils. Nous dînons jusqu'à 22h puis nous discutons, ou plus précisément, nous les écoutons parler jusqu'à 02h30. Babak, C, D et moi-même restons éveillés jusqu'à 04h. A 10h tout le monde est debout et nous préparons le petit déjeuner. Ils partent tous, juste après. Tous aimeraient nous remercier avec plus que des mots. L'un m'offre son chapelet de prières. D m'offre même son médaillon des 9 mois de sevrage des Narcotiques Anonymes. Quand vous connaissez la valeur d'un tel médaillon, c'est un très beau cadeau. Je rencontrerai un autre NA plus tard, lui sevré depuis des années. Quand je lui raconte cette histoire, il se souvient de la couleur de ce médaillon (il est jaune). Il se souvient de tous les médaillons entre 2 mois (le plus dur) et 18 mois. [Vous ne trouverez pas de photo de D ni de C sur mon blog].

Omid vient nous rejoindre pour quelques jours. Nous préparons ensemble une mousse pour les enfants d'un orphelinat. Seul, je ne peux pas monter 15 oeufs en neige à la main. Nous emmenons les lapinos avec nous. Les orphelins, de 3-4 ans, sont comme fous. Ils ne sont pas peureux du tout, mais pas très attentionnés non plus. On a même un peu peur pour les pauvres lapinos et nous les rangeons dans leur boite après quelques minutes. Comme c'est Norooz, le responsable n'est pas là. Nous ne pouvons donc pas entrer dans l'établissement. Nous avons joué avec les enfants dans la cour.

D vient nous chercher pour nous inviter à manger chez lui et C. C'est C qui a préparé le Abgousht, un délice! Nous allons ensuite nous balader dans des collines pas loin. C'était une bonne journée au grand air qui nous a sortis de Mashhad. Merci Omid pour la voiture.
J'ai oublié de parler de quelqu'un, Mohsen. Il est en service militaire à Mashhad, affilié à une clinique dentaire militaire. Il vient souvent nous voir chez Babak. Il est très sympa et bien marrant. Il me fait rire alors que son anglais et très mauvais. Il est venu avec nous ce jour là.
Le soir, Mohsen rentre chez lui mais D reste chez nous. Je l'accompagne voir quelqu'un. Je pense que c'était son parrain de NA. Il veut ensuite m'inviter à manger. Je sais que c'est important pour lui de pouvoir m'inviter. Je glisserai la monnaie plus tard dans la poche de sa veste. Il est en situation précaire et il n'a que 19 ans, après tout.

Omid, Babak et moi nous rendons dans un centre pour filles/femmes handicapées mentales. Nous sommes invités à rencontrer d'abord les plus handicapées et les soignantes qui sont comme des mères pour elles. On peut aisément les considérer comme orphelines car les familles ne savent pas et/ou ne peuvent pas s'en occuper. Puis nous rencontrons des filles/femmes travailleuses qui préparent de jolis produits artisanaux, des tapis et des décorations. Ces produits sont ensuite mis en vente pour faire fonctionner cet institut. Une fille qui prépare des bracelets m'en offre un. Sur les photos, c'est celui qui est violet à mon poignet droit. Nous rencontrons aussi les petites futées qui participent au relais de dessins. Enfin, nous sommes invités en salle de musique pour écouter un quatuor de chanteuses. C'était très bien. Elles nous chantent trois chansons. Elles ont de belles voix! Nous discutons autour de ma présentation. Elles aimeraient beaucoup discuter en vidéo-conférence avec les jeunes de l'Institut Rossetti. Je vais essayer de mettre ça en place.
Je récupère les dessins avant de partir. Sakine, la fille aux bracelets a aussi dessiné et m'a écrit une très belle lettre. J'y répondrai plus tard, au dos d'une photo que j'ai pris d'elle.

Beaucoup moins réjouissant, j'ai rendez-vous chez le dentiste, à la clinique militaire. C'est pas cher, je vois le meilleur dentiste, il fait du bon travail mais il n'hésite pas sur le produit anesthésiant. Par deux fois, j'aurais la moitié de la figure complètement paralysée. C'est sûr, au moins, je n'ai rien senti pendant la dévitalisation de ma dent.

Nous retournons à l'orphelinat pour que je discute avec les adolescentes du centre. Je n'ai pas eu un très bon feeling. Elles étaient timides ou blasées ou pas intéressées... dur, dur de remplir les silences et d'entendre un "On peut arrêter? Nous sommes fatiguées". Mohsen était là mais Omid nous a quittés juste après nous avoir déposés. Il devait rentrer à Téhéran.
Malheureusement, si les jeunes de Rossetti à Nice ont répondu présents, l'Institut d'ici a finalement refusé (pour une raison encore mystérieuse venant d'en haut, de très haut même, notre correspondant était complètement désolé).

Avant de quitter Mashhad, Babak a voulu que je vienne avec lui pour acheter des cadeaux à mes parents.
Je pars le dimanche 29 mars à midi de Mashhad en bus et j'arrive le lendemain à 9h.
Je fais du stop jusqu'à chez Ahmad. Je lui fait découvrir Baraka (le film) et nous parlons longtemps de ses projets de voyage. Nous retournons à la gare routière pour qu'il puisse envoyer à Kei, à Mashhad, son couteau qu'il l'avait oublié ici. Les iraniens utilisent beaucoup les bus pour s'envoyer des paquets. Nous sortons avec des amis.
Kei et Yuki sont arrivés à Mashhad, chez Babak quelques jours après que je sois parti. Le tournage du documentaire sur le voyage de la bouteille a été un peu long. Je ne vous raconte rien, je vous communiquerai plus tard le titre du documentaire quand il sortira.
J'ai aussi profité de l'internet de l'hôtel où il travaille pour renvoyer toutes mes photos sur mon nouveau serveur. Je n'ai pas été content du fonctionnement de HostPapa et du peu d'aide qu'ils m'ont procurée, et de leur mensonge publicitaire dont j'ai été victime en Asie du Sud Est. J'ai décidé de payer un tout petit plus et de passer chez le leader européen de l'hébergement en ligne. Le transfert chez OVH s'est très bien déroulé. Ils m'ont aidé quand j'en avais besoin. Pour l'heure, c'est certes encore tôt, mais je suis satisfait.

Je vais passer ma dernière nuit chez Sina. Mon bateau part demain à 21h pour les Emirats Arabes Unis.
Je conseille plusieurs liens pour apprendre le français à Sina et nous commençons à regarder un film français.
Mon bateau n'est jamais parti à l'heure dite. En fait, à cause du vent, il était toujours à Sharjah (de l'autre côté de la mer). La traversée est annulée. Le prochain bateau est dans trois jours. Petit problème, mon extension de visa se termine demain soir... Ben oui, à Téhéran, ils ne m'ont donné que jusqu'à 24h après le départ de mon bateau.
Sina et son père qui m'accompagnent remuent ciel et terre pour trouver le bureau des affaires étrangères. On fait réouvrir le bureau pour savoir comment résoudre mon problème. "Pas de problème, revenez après le week-end, samedi matin (le jour du prochain bateau), avec photos, formulaires et 20.000 T et nous vous délivrerons un visa temporaire".
Pendant les deux jours supplémentaires où je reste chez Sina (illégalement sur le territoire iranien), ils m'invitent aux  pique-niques familiaux du soir en bord de mer (tradition pendant les vacances de Norooz), à la sortie pique-nique au village dans une mini tempête de sable et à une sortie piscine (avec sauna et jacuzzi).
Ma troisième prolongation de visa se passe bien. Le père de Sina paye les 20.000T (5€) car moi je n'en ai plus.
C'est Ahmad qui me conduira au terminal du ferry cette fois.
J'ai bien pensé à reprendre le fromage du frigo de Sina, en partant le matin.

Dans la salle d'attente pour le ferry, nous rencontrons deux cyclistes de Hong Kong qui voyagent depuis 3 mois, depuis Istanbul. Ahmad reste avec nous presque jusqu'à notre départ. Ils sont marrants car ils sont très gentils et n'en sont pas à leur premier voyage mais ils ne connaissent ni CS, ni WarmShower (communauté de cyclistes). Pourtant, ils sont beaucoup plus connectés que moi avec leurs ordis de poche.
Le bateau quitte le port avec une grosse heure de retard, à 22h. Un dîner est servi. Puis nous dormons, chacun allongé sur une banquette.