RSCN8591Le dimanche 5 Avril, après un petit déjeuner offert à 7h, nous arrivons dans le port de Sharjah (Emirats Arabes Unis) vers 8h30 et débarquons à 9h. Le passage à la douane est une vraie blague. C'est la meilleure introduction à l'inefficacité et l'incompétence du peuple arabe d'aujourd'hui. Les douaniers arrivent plus d'une demie heure après nous. Ils sont 5. L'un d'eux passe derrière le comptoir se prépare, longtemps, avant d'allumer son ordinateur. Trois autres papotent entre eux et le dernier attribue un ordre de passage aléatoire et changeant. Les Iraniens se plient au jeu. Pour nous, les deux gars de Hong-Kong et moi, c'est différent. On nous a pris nos passeports et nous attendons. J'ai cru à un traitement de faveur, ce qui n'est pas souhaitable (mais quand même bien pratique parfois, avouons-le), mais non, la discrimination n'est pas positive cette fois. Ils ont préféré s'occuper de la routine d'abord avant de se pencher sur les cas particuliers. D'autant plus qu'il leur fallait tirer au clair cette histoire étrange des deux Chinois qui ne sont pas chinois. Ca les a beaucoup perturbés. "C'est où Hong-Kong?" J'ai cru m'étouffer de rire. Heureusement pour mes amis, le prestige de mon passeport français les a un peu aidés quand j'ai énoncé d'un ton péremptoire et sans équivoque que bien sûr, les citoyens de Hong-Kong ne sont pas chinois et qu'ils bénéficient, tout comme moi, d'un droit d'entrée sur le territoire émirati sans visa. Trois coups de tampon et nous quittons le poste frontière à 11h30...

DSCN8600Nous nous disons au revoir car eux se rendent à vélo à leur hôtel, alors que j'ai rendez-vous avec des amis de mes parents.
Dans le bateau, je me suis fait un autre ami, un iranien qui s'appelle Marzieh. Il m'indique le petit ferry qui permet de traverser le port pour rejoindre la station de bus.
J'appelle Annick et Etienne pour qu'ils viennent me chercher à la gare routière de Dubaï. Nous nous retrouvons à 15h. Avec tout le temps perdu à la douane, il est trop tard pour me rendre dès aujourd'hui à l'ambassade d'Arabie Saoudite. Nous rentrons à la maison.

Petite explication sur la situation actuelle de mon visa saoudien. Ma mère a entamé la procédure de demande de visa de visite familiale à la fin du mois de Novembre dernier. Il n'y a pas de visa de tourisme en Arabie Saoudite, seulement religieux pour le pèlerinage, de transit, de business ou de visite familiale. Tout comme pour l'Iran, il faut obtenir l'aval du ministère des affaires étrangères. Sauf que c'est un peu plus compliqué car c'est le "sponsor" de mes parents (l'ambassade de France) qui doit s'en occuper. Le 10 janvier 2015, Mme Traboulsi, qui travaille à l'ambassade de France, nous a envoyé l'accord du ministère. Je n'ai donc qu'à me présenter au consulat de Dubaï pour récupérer mon visa. Simple, non? A une petite urgence près, mais rien que de très banal me concernant, je dois entrer sur le territoire avec ce visa avant le mercredi 15 Avril ou bien le visa expirera. Ensuite, je pourrai rester 3 mois en Arabie. Je n'ai donc que 10 jours pour obtenir le visa et me rendre en Arabie. Je suis dans les temps! A moins que le consulat n'ait besoin d'un temps mystérieux (quelques jours?,une semaine?) pour imprimer un bout de papier...

DSCN8765Annick et Etienne sont adorables et très accueillants. Ils vont m'offrir 10 super jours de vacances chez eux. Ca commence avec une visite des "wahou" de Dubaï, le tour des cartes postales. Ils m'emmènent au pied de la tour Kalifa (à ce jour la plus haute du monde) au moment du spectacle aquatique. Il est très réussi. Le bassin est grand et le jeux des fontaines et des couleurs sur la musique de "Con te partiro", c'est magnifique!
Puis, ils m'emmènent au pied de "La Voile" (un bâtiment en forme de voile) et me font visiter la "Petite Venise".
Ils avaient prévu pour le dîner, pour ma venue, un barbecue d'entrecôte de bœuf, un régal! Nous dînons dans le jardinet au bord de la piscine en plus, quelle soirée... avec du bon jaja en plus! Ha la la.

Le lendemain, Annick m'amène au consulat à 9h. J'y laisse l'accord du ministère des affaires étrangères saoudien et mon passeport. J'aurai une réponse à 14h. Je vais visiter le musée de l'histoire de Dubaï. Il est plutôt bien réussi. C'est dingue comment Dubaï a démarré à partir de rien et s'est transformé  à une allure incroyable à partir de la fin des années 50.
À 14h, la nouvelle est mauvaise. Le consulat refuse ma demande de visa car je ne suis pas résident ici. Ils me renvoient vers Paris. Totalement inattendu, je rentre au radar avec l'aide d'un copte (qui déteste les musulmans arabes, auteurs d'un racisme criminel contre les coptes) et d'une américaine. J'appelle Maman pour annoncer la nouvelle. Elle appelle à son tour Mme Traboulsi et ses amis un peu bien placés pour essayer de faire changer la donne.

DSCN8633En attendant des nouvelles de la part de l'Arabie, il n'est pas question d'avoir le bourdon. Ce n'est pas mon genre.
Etienne m'emmène, avec les enfants des voisins, pour une session de wakeboard (surf nautique) sur son bateau, yeah! Les voisins en ont déjà fait et se débrouillent pas mal. Moi, c'est une autre histoire. C'est ma première fois, et j'ai passé plus de temps dans l'eau qu'au dessus. Cela dit, dès la troisième tentative je sors la planche de l'eau mais je retombe avant de me redresser complètement. Aller savoir pourquoi à la 4° j'ai voulu changer de pied directeur, je me suis emmêlé les pinceaux et re-plouf. Ce n'est qu'à la 5° tentative que j'arrive à vraiment sortir (mais tombe à la première vague) et à la 6° que je surfe un peu longtemps (je survis même au virage du bateau). Je rentre sur le bateau après la 7° fois. Les voisins y retournent, alors j'observe les techniques. Il n'y a pas grand chose d'autre à voir, la mer est belle mais l'air sur Dubaï est opaque et grisonnant, on ne fait qu'apercevoir les tours. Quand c'est de nouveau mon tour, j'ai l'impression d'avoir perdu la technique de sortie de l'eau, je panique même à la troisième tentative car ça devient ridicule. Heureusement, je rigole un bon coup et la 4° est la bonne. Je surfe longtemps et je négocie bien le virage demi tour du bateau. Je résiste même à quelques vagues. Du coup je suis crevé et je rentre sur le bateau après l'échec suivant.
Nous sommes invités par les voisins à déjeuner. Nous passons une très bonne après-midi avec eux. Le père est un chirurgien réputé. Il est surtout super gentil et très marrant.

DSCN8680Un soir, nous sortons dans le désert avec des amis de passage à Dubaï. Etienne a sa jeep, ils montent tous dedans, et moi je monte avec notre guide. Il habite ici depuis 12 ans. Il travaillait comme un dingue pour pouvoir s'offrir de temps en temps des moments de loisirs, le 4x4 dans le désert et la plongée. Un jour il a décidé de vivre de ses passions quitte à vivre plus simplement.
Arrivés à l'entrée du désert, il faut dégonfler les pneus des 4x4 pour qu'ils adhèrent sur le sable. Etienne et son ami se relaient dans la jeep. Le guide roule toujours devant pour montrer le chemin. Annick nous rejoint dans la grosse voiture car elle a un peu le mal de mer (pourtant elle n'est jamais malade en mer). C'est vrai que d'une certaine manière, ça y ressemble un peu, les dunes remplaçant les vagues. La première descente de dune, abrupte (même si elle ne l'était sans doute pas tant que ça), c'est impressionant. J'ai surtout été surpris car je ne m'y attendais pas, je croyais que les dunes...... ça se contournait.
Pendant que les deux couples admirent le coucher de soleil, j'ai droit à une petite leçon privée de conduite dans le désert. Je vous traduis ce que j'ai compris et retenu, il faut sentir les sensations de ski à travers la machine, c'est pas évident. Nous dînons d'un barbecue de cotelettes d'agneau iraniennes (attention, c'est important :-). Enfin, nous sortons du désert de nuit et rentrons à la maison après une petite séance de regonflage de pneus.

Avec les mêmes amis, nous faisons une sortie en bateau pour une visite marine de Dubaï. Nous longeons la côte vers le sud jusqu'à la marina. Nous passons "La Voile", nous apercevons "The World" (un ensemble d'îles artificielles qui schématise le monde) et nous faisons le tour du Palmier (une avancée terrestre artificielle sur la mer en forme de palmier). Nous nous baignons près du yacht et de l'île (artificielle) privée du SheiK H Chépakoi. La marina est très luxueuse.
Le soir, nous mangeons dans un des restaurants les plus chics où j'ai été invité de toute ma vie. Un restaurant sur pilotis, au dessus de la mer, avec vue sur "La Voile". Le poisson y était délicieux.

DSCN8721Je fais une deuxième sortie de wakeboard, avec Paul cette fois. Paul, c'est le plus jeune des fils d'Etienne et Annick. Tout juste 18 ans, il est très indépendant Il a une vie sociale très riche, je ne l'ai pas beaucoup vu. Il est très sympa, à la cool comme on dit mais avec des idées un peu arrêtées parfois.
Paul est déjà bien entrainé, il s'essaye aux sauts. Moi, j'apprends à me balader de gauche à droite, d'abord dans le sillage du bateau puis j'essaie de sortir du sillage. J'y arrive un peu.

Enfin des nouvelles d'Arabie. Il est temps, nous sommes l'après-midi du dimanche 12 avril, plus que trois jours. Mme Traboulsi dit qu'ils ne peuvent pas me refuser mon visa mais que je ne dois pas passer par le consulat mais par une agence. Heureusement, j'avais lu un truc sur une agence au consulat et je me souviens de son nom. Je cherche sur internet. Mes parents m'envoient tous les scans des documents demandés, j'imprime, et Etienne m'amène à l'agence. Nous arrivons juste au moment de la fermeture. Nous arrivons à parler au responsable qui comprend bien l'affaire et l'urgence. Il nous dit de revenir demain à la première heure, ce soir le consulat est déjà fermé.
Le lendemain, ce responsable appelle devant moi le consulat pour trouver un arrangement après avoir discuté directement avec Mme Traboulsi. Nous avons un peu forcé leur rencontre téléphonique en utilisant le portable d'Etienne. [Merci Mme Traboulsi].
OK!
DSCN8605On m'invite à passer par la section VIP pour accélérer le processus. A midi mon dossier est prêt, mes empreintes digitales enregistrées, et mon portefeuille s'est allégé de 150€. Tada! Le record du visa le plus cher (iranien) vient d'être supplanté, et pas qu'un peu.
Deux jours plus tard, l'agence m'appelle le matin car il manque une donnée, mon billet d'avion aller (impossible évidemment de passer par la Terre, j'avais demandé au préalable). J'en achète un en catastrophe pour le soir même, misant sur le fait que je vais avoir mon visa cet aprés-midi. C'est la course contre la montre, je dois entrer en Arabie avant minuit!
A 16h, l'agence m'appelle, le visa est prêt, je vais récupérer mon passeport.
Un dernier dîner avec mes nouveaux amis avant qu'ils ne me déposent à l'aéroport. Ils m'accompagnent jusqu'à l'enregistrement. Ils attendent que je passe la frontière. Pour une raison mystérieuse, mon passage dure plus longtemps que la normale. J'ai bien vu qu'Annick s'inquiétait de cette longue procédure. Finalement, ce n'était rien et je peux monter dans mon avion qui décolle à 22h.

Encore merci à vous deux, Etienne et Annick, vous m'avez beaucoup aidé. Sans vous je ne serais sans doute pas en Arabie, et surtout, vous m'avez offert de super vacances.

Avant de parler de l'Arabie et pour vous faire languir un peu quant à ma façon d'y entrer en décollant de Dubaï seulement deux heures avant l'expiration de mon visa, je souhaite partager avec vous quelques impressions sur Dubaï.

DSCN8734Dubaï, ça en jette! Ca en met plein les yeux et c'est tout bonnement incroyable pour ça. C'est la ville des superlatifs! La plus haute tour du monde est très belle, je trouve. Le plus grand mall du monde me laisse indifférent (comme vous vous en doutez), même si l'intérieur est assez stupéfiant avec son aquarium, la cascade des plongeurs etc... Il y a aussi cette piste de ski hallucinante que je n'ai vu que de l'extérieur etc, etc...
Mais DubaÏ, ça défrise ! C'est la folie du monde de la consommation poussée à son extrême. Ca gaspille à gogo! Le jour où le pétrole deviendra plus cher pour eux, je ne sais pas comment ils feront. Tout repose sur l'énergie pas chère, car même si les revenus de Dubaï ne dépendent plus tellement du pétrole, ils en consomment beaucoup en interne, ou bien du pas cher venant des pays voisins, mais ça ne pourra pas durer longtemps. Chaque litre d'eau coûte une vraie fortune puisqu'il provient d'une usine de désalinisation. Et ils consomment sans compter, l'eau mais aussi l'électricité, les matières premières pour construire, détruire, et reconstruire Dubaï en permanence.
Ca donne le vertige.
Et de penser à tous les touristes qui viennent des pays les plus aisés (en avion évdemment) pour "shopper" (je n'aime pas "faire du shopping"), la même chose que chez eux soit dit en passant, servis par les travailleurs venant des pays les plus pauvres (et payés au lance pierre, vivant dans des conditions déplorables), juste parce que Dubaï est "à la mode".
Ca me laisse perplexe et songeur quant à la "fraternité" mondiale.
Oh, je suis sûr que ces mêmes touristes ont bien dû envoyer un chèque du tiers du montant du dernier bikini de madame pour aider les pauvres Népalais, mais je suis sûr aussi qu'ils vont réclamer à l'état la réduction d'impôt (qu'ils considèrent comme dû), quelle comédie!

DSCN8760Quand Annick m'a laissé seul à marcher dans Dubaï pour me rendre au musée, je me suis senti mal à l'aise. Je me sentais perdu, petit, comme un gamin abandonné à son sort dans un monde hostile, dénué d'humanité, sans coopération. Un monde où seul la compétitivité compte, où l'Avoir (et surtout pas l'Etre) a de l'importance, un monde où le consumérisme et la frime règnent en partage. L'argent y est TOUT, pouvoir, but, honneur, très probablement sexe, et même l'amitié et l'amour en seraient ses serviteurs.
Moi, sans le sou, je ne "vaux" rien ici, j'étais de nouveau un enfant!
Nous approchons de l'apogée du monde individualiste. Cela ne peut pas continuer ainsi.
Le partage, les biens communs, le mouvement du libre (dont le dividende universel) ne peuvent que faire table rase de cette folie humaine.
Je prédis (sans donner de date) la fin du système bancaire de monnaie, dette et réserve fractionnaire. Ce futur n'est pas viable pour l'environnement et n'est pas sain pour l'humanité, pour la liberté, l'égalité et surtout la fraternité qui ne cessent d'être mises à mal.

DSCN8790J'arrive à l'aéroport de Dammam à 22h20 car avec le décalage horaire, mon vol d'1h20, n'a duré que 20 min (c'est marrant la relativité non?). Mais là, c'est le bordel absolu! Si les émiratis étaient incompétents, alors il n'y a pas de mot pour décrire les saoudiens. J'ai passé la frontière à 01h30. L'avant dernière personne avant moi est restée devant le douanier 40 minutes. Les douaniers travaillent minute après minute, avec des pauses de plusieurs minutes entre chaque minute de travail. Ils discutent, s'embrassent, se lèvent pour aller boire un thé et jouent sur leur téléphone. En revanche, ils sont très gentils et pas du tout arrogants.
Heureusement pour moi, et je ne vous l'avais pas dit pour garder le suspense, le consulat avait pris la liberté de réimprimer un nouveau visa. Celui-ci démarrait donc le 14 avril, et me donnait la liberté d'entrer au Royaume d'Arabie Saoudite sous trois mois.
Mes parents qui attendaient pendant tout ce temps étaient morts d'inquiétude. Nous rentrons nous coucher à la maison, à Al-Khobar, à 3h du mat.

DSCN8885Je ne vois pas beaucoup Papa puisqu'il part le lendemain matin pour l'Egypte pour accompagner ses élèves à une simulation (un jeu de rôle) d'une séance de l'ONU. Il semble qu'ils aient adoré. Après l'Egypte, je ne le vois pas beaucoup non plus puisque mes parents partent en voyage, prévu de longue date, pour voir mon frangin chez les ornithorynques (animal fabuleux s'il en est, à découvrir si vous ne connaissez pas, trop mignon!).
Maman me fait découvrir son monde fait de compounds, de barbelés au dessus des murs d'enceinte, de gardes à l'entrée, de chaleur accablante, de grands magasins, de piscines (heureusement qu'elle est là!), la joie quoi. Je comprends qu'ils soient contents de partir au Gabon en septembre prochain.
Des amis de mes parents nous emmènent dans une plage privée ("dans" et pas "à" car la plage est entre 4 murs). Christina et François sont adorables! Je les retrouvent à un concert au lycée français. Quand mes parents ne sont pas là, ils m'emmènent deux fois dans un bar underground, chez Mama! Ils viennent avec moi à un diner CouchSurfing. Je crois qu'ils ont beaucoup aimé le principe.
Pendant la première semaine, avant les vacances, le lycée organise une course contre la soif. Chaque classe court une fois dans la semaine. C'est l'occasion pour moi de me me remettre au sport, de reprendre la course à pied. Je cours chaque jour avec une classe.

On en arrive à aujourd'hui, le jeudi 7 mai 2015, jour où je finis mon marathon d'écriture. Cela fait 15 jours que j'écris tous les jours, toute la journée, tous mes articles en retard depuis ma rencontre avec Apurva à Bangalore. Chaque matin je me lève à 6h45 pour courir et faire mes exercices (avant la chaleur), puis, après le petit déjeuner, je vous écris.
Mes parents rentrent demain. Il est 16h, j'ai écris 3165 mots aujourd'hui et je dois me mettre au ménage. J'espère que ça vous a plu et je vous dis à bientôt.

Pour voir plus de photos, cliquez sur Dubaï et Al-Khobar.